Publié par : David le : avril 2, 2009
L’autre jour, à mon boulot, j’ai un peu tardé à arriver au travail pour une raison quelconque. Une fois arrivé, je fais comme d’habitude, je m’installe à mon ordinateur et je me branche sur ma ligne pour prendre mes appels. Au bout de quelques minutes, mon patron vient me saluer, et par le fait même, me fait la remarque suivante :
- Bonjour David. Dis-moi, j’ai vu que tu t’es mis en ligne à 9h02 aujourd’hui ? Ce serait important de faire attention pour la prochaine fois là…
Et oui, vous avez bien lu, un avertissement pour 2 minutes de retard au travail. Et comment il l’a su, mon patron ? Facile, tous les postes de travail du centre peuvent être surveillés à la seconde près par les superviseurs. La moindre action que je pose, le moindre mot que je dis, tout est enregistré, les paroles tout comme les applications informatiques. Mes libertés individuelles et mon intimité, je les mets de côté pendant mon quart de travail. C’était écrit dans le contrat de travail quand j’ai été embauché que ça fonctionnait comme ça.
Je me souviens aussi d’une époque, révolue Dieu merci, où j’étais emballeur dans une épicerie, et où il fallait à tout prix, sous peine de sanctions sévères, puncher exactement à l’heure du début. Le gérant scrutait les cartes de présence avec la verve d’un nazi. Toutefois, il était curieusement beaucoup moins intransigeant à la fin du quart de travail, où il nous “accordait” librement le temps qu’il fallait pour passer la vadrouille ou compter les caisses. Quel plus beau cadeau que quelques minutes de bénévolat pour ce commerce payant ses employés au salaire minimum !
Je croyais que un diplôme universitaire me sauverait d’un tel traitement à l’avenir. Pas tout à fait, me dit un ami traducteur, nouvellement embauché dans un cabinet de traduction. Un logiciel spécifique calcule précisément le temps passé sur les textes à travailler, pour que le directeur puisse évaluer l’efficacité des traducteurs et slacker allègrement ceux qui ne font pas le poids avant que leur 3 mois de probation ne prennent fin. Rien de mieux pour améliorer son rendement que de sentir le tic-toc d’un chronomètre derrière soi…
Si après ça, vous vous demandez pourquoi l’employé du service à la clientèle au téléphone est si bête ou que tout le monde pête sa coche contre le monde du travail en général, dîtes vous bien que c’est peut-être parce qu’il s’est fait chicaner parce qu’il a pris trop de temps pour aller au petit coin, ou qu’il est énervé parce que le moindre aspect de son rendement est pesé et évalué dans le but très honorable, mais de moins en moins humain, de rentabiliser la business. Time is money, comme on dit.
Il y a des jours au boulot où je me demande comment on faisait pour vivre avant que les logiciels de tracking et les enregistreuses n’existent. Dès fois je me demande aussi si on n’en était pas moins heureux et surtout moins stressé pour tout.