Quand on peut halluciner à plusieurs…

Creuser une tombe, effleurer son histoire

Publié par : David le : octobre 22, 2009

Je sais que le sujet a été remué souvent dans les médias dernièrement et que ce n’est plus trop d’actualité, mais en relisant une chronique dans un blog et après être tombé sur ce texte de la Presse relatant l’histoire du décès de Nelly Arcan, je constate qu’encore aujourd’hui la couverture médiatique du décès de Nelly Arcan me sidère.

Lu dans un texte de La Presse résumant l’histoire de l’auteure :

“Enfant enjouée, intelligente et extravertie, Isabelle Fortier s’est repliée sur elle-même à l’adolescence, selon René Lavallée, qui a étudié avec elle à la polyvalente Montignac. «Avec le temps, elle est devenue assez noire. Plus ça allait, et plus elle s’effaçait», a-t-il confié.”

Ok. Je me permets de lancer une hypothèse vachement irrévérencieuse : une fille jeune et intelligente ne se retrouve pas du jour au lendemain à se prostituer pour gagner sa vie si elle a vécu une  vie saine et équilibrée au départ. Allez-y, lancez-moi les premières pierres, je m’en fous. À l’adolescence, on ne se replie pas sur soi-même pour aucune raison, on ne devient pas “noir” (chez nous on dit dépressif) pour rien non plus. N’importe qui ayant vécu ou ayant eu un proche avec un début de vie tourmenté peut en témoigner.

Le fait que la plupart des médias qui relatent l’histoire de son décès esquivent la question à savoir pourquoi l’auteure était malheureuse au point vouloir s’enlever la vie me vexe sans bon sang. Et dans ce cas, il y a quelque chose de particulièrement gênant, du fait que l’oeuvre de Nelly Arcan relève de l’autofiction et que n’importe qui ayant lu “Putain” ou “Folle” peuvent se faire leur petite idée du pourquoi de la névrose du “personnage”. Allez à la bibliothèque et ouvrez ses livres, bordel.

Je ne suis pas de ces gens qui se satisfont de contempler le “mystère” du malheur des autres. Il y a toujours un rapport cause à effet dans l’histoire des gens qui expliquent, du moins en partie, leur état d’esprit présent. Je ne prétends pas savoir mieux qu’un autre la vérité qui entoure la disparition de l’auteure, mais reste que, un geste suicidaire est un moyen de mettre fin à des souffrances, souffrances qui forcément découlent de quelquechose.

Alors, est-ce qu’on se rend service à traiter la mort d’une brillante auteure en racontant son histoire comme un simple téléroman, avec des personnages et de situations de fond, comme un divertissement comme un autre ? Je comprends bien qu’on épargne le pillage de l’univers intime d’une célébrité à sa mort à son entourage, mais dans le cas d’un auteure d’oeuvre d’autofiction, c’est, comme je l’avais déjà mentionné, un peu comme un secret de polichinelle, car il est assez difficile de faire semblant qu’il n’y a aucune trace du passé avec 4 romans déjà publiés.

Et tant qu’à moi, ça n’a rien à voir avec le simple fait que les médias se gardent bien de tomber dans une quelconque indécence en exposant des vies exposées au grand jour, comme on le fait si gratuitement chez la famille du David Fortin ou de la petite Cédrika Provencher. Tout ça pour me retrouver face à face avec une couverture médiatique d’une mort qui suinte un relent d’hypocrisie, comme trop souvent on le remarque dans le traitement médiatique des gens qui se suicident et qui mystérieusement, n’ont plus de passé, plus d’entourage, plus de secrets, plus d’histoire.

Et on passe au suivant, et on continue de se demander pourquoi les malheureux continuent à se suicider, sans vraiment chercher à savoir comment on peut les aider à s’accrocher à la vie malgré leur passé, leur histoire. On préfère croire qu’ils sont juste fous, ou “Folle”, comme Nelly Arcan.

Et c’est ça, au fond, qui m’écoeure, qui m’enrage.


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